algues vertes, encore et toujours

Publié le par cap21littoral.over-blog.com

4934949216_c5cba51293.jpg
Les  algues vertes sont  à la Bretagne (principalement, mais pas seulement) ce que la pollution de l'air est pour les Bouches du Rhône:  un problème récurrent, dont on connaît parfaitement l'origine et les conséquences, mais contre lequel on ne peut ou ne veut agir sérieusement.
Le constat est affligeant: Tout a été dit, le problème est parfaitement cerné, mais rien (ou si peu) est fait pour inverser la tendance.
Pire, l'apparente politique de l'autruche cache en réalité les agissement de lobbys qui ont interet à ce que rien ne change.
Mais l'aggravation de la situation sur le terrain est en train de mettre les acteurs au pied du mur. Pour l'instant il faut constater que le secteur du tourisme par exemple - qui va subir de plein fouet la dégradation du littoral et de la "destination Bretagne" - n'est pas assez fort ou structuré pour imposer ses interets.
Il est absurde que c'est finalement le contribuable qui paye à tous les niveaux. Il paye pour subventionner les porcheries en difficultés, par le biais de l'Ademe par exemple; et il paye le ramassage et le "traitement" des algues. Ces sommes versés par nous tous sortent ainsi du calcul de prix de revient du kilo de porc .
Le "livre noir de l'agriculture" d'Isabelle Saporta , dont nous conseillons vivement la lecture, consacre tout un chapitre  à cette problématique
Détails sur le produitNous ne voulons pas ici écrire un n-ième article didactique sur la problématique des algues vertes, mais réunir et répertorier une partie de ce qui a été publié  à ce sujet .
Ci-dessous le résumée du problème et les solutions préconisées  par "France Nature Environnement"

CAP21 ne peut que souscrire à ces analyses  et réclame un changement en profondeur des pratiques agricoles. Il est temps de commencer par "prévenir" au lieu d'essayer péniblement de "guérir" .

Les agriculteurs ne sont pas en cause en tant que personnes ou corporation, ne leur jetons pas la pierre.  C'est l'élevage porcin qui a pris un mauvais tour "industriel" sur lequel il faudrait revenir très vite !   Par exemple il faudrait développer l'élevage du porc sur paille au lieu du caillebotis intégral sur fosse à lisier-station d'épuration ou méthanisation, de façon à repieger le carbone dans les sols qui ont été très appauvris en humus stable depuis 40 années.

Plus bas vous trouverez d'autres sources et liens, sans compter la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy, dénonçant les "intégristes" que nous voulons bien  être dans cas . (Corinne Lepage lui a d'ailleurs répondu "franchement" sur Europe 1 .)
 "La Bretagne concentre sur 4 départements la moitié des porcs et de la volaille française. La Bretagne est également la première région française en élevage bovin laitier. Au total, la quantité d'effluents produite chaque année (lisier, fientes et fumier), dans ces 4 départements est équivalente à la pollution émise par 50 millions d'habitants. 

 

Cette concentration des élevages et des effluents se traduit par des infiltrations très importantes de nitrates sous les sols saturés par la masse de ces effluents. Les nuisances s'accumulent alors en cascades : pollution de l'air par les émissions volatiles des lisiers, pollution de la ressource en eau qui dépasse la norme de potabilité légale en de nombreux captage (et condamnation de la France pour non-conformité), et enfin prolifération des algues en bout de chaîne quand ces fertilisants arrivent à la mer.

 

 

Un fleuve intarissable

Pour la seule Baie de St Brieuc, le bassin versant draine les effluents de 1,2 millions de porcs chaque année et les flux d'azote qui parviennent sur la côte sont estimés à 9548 tonnes. A titre de comparaison, les effluents urbains résultant de l'assainissement collectif sont de l'ordre de 150 tonnes par an et ceux de l'industrie à 8 tonnes/an seulement (Comité régional algues vertes).

La responsabilité de l’élevage porcin est considérable puisqu'un porc produit 5,5 kg d’azote sous forme de lisier (1 m3/animal) et que 1,2 millions de porcs en émettent ainsi entre 6 et 7000 tonnes chaque année.

Dans ce département vallonné et fortement urbanisé, les surfaces d’épandage sont limitées ce qui induit des " excédents structurels "[1] de lisier inévitables et malgré les nombreux plans de résorption mis en place depuis 20 ans, une pollution chronique des eaux est constatée sur chaque captage et sur la côte en bout de chaîne.

 

L'objectif

 

Sans réduction du cheptel et remise en cause du modèle de l’élevage intensif, il n’y a aucune chance de voir la source d’azote et de phosphore issus des élevages industriels se tarir. En conséquence, les collectivités locales sont condamnées à ramasser tous les ans les milliers de tonnes d’algues qui s’échouent et s’échoueront sur la côte. Le plan " algues vertes " annoncé à grand renfort de communication, se contente en effet pour l’essentiel de cofinancer le ramassage pour 850 000 euros/an, en espérant trouver une solution viable pour le traitement des algues (compostage, méthanisation, incinération... ?). Or sans volet préventif, c’est-à-dire sans remise en cause de l’élevage industriel, à commencer par l’élevage porcin, ce plan revient à éponger un fleuve intarissable de lisier et d’algues vertes en décomposition sur les plages.

Nos propositions

Il est très difficile de sortir du modèle industriel breton parce qu'il implique de nombreux emplois par l’amont (importation de soja, de céréales et autres composants par les formulateurs d’aliments du bétail, équipement des infrastructures d’élevage, encadrement technique et vétérinaire....), et par l’aval (abattoirs, salaisons, distribution...). Il permet également l’emploi de nombreux actifs agricoles (salariés et agriculteurs), de sorte qu’en dépit d’un diagnostic largement partagé (le sureffectif du cheptel porcin), aucune mesure n’a cherché à limiter son accroissement permanent.

Il faudra pourtant choisir entre la qualité de l’eau, de l’air, des plages et le tourisme associé, et la production industrielle de cochons.  A court terme il faudrait miser sur une augmentation de la valeur ajoutée :

> ne plus autoriser la moindre extension du cheptel

> favoriser la reconversion vers l’élevage sur paille ou en plein air

> favoriser les alternatives de qualité (élevages biologiques, élevages fermiers, label rouge) et les circuits     courts.

> appliquer la loi (installations classées...), et vérifier sur le terrain la réalité des plans d’épandage.

A long terme, il faudra modifier en profondeur tout un complexe agro-industriel pour qu’il ne repose plus sur les importations massives de soja et sur la dégradation des ressources naturelles. Le lien au sol, qui consiste à produire sur place l’essentiel des aliments nécessaires au cheptel, met en adéquation effectif du cheptel, surfaces fourragères et surfaces d’épandages. C’est donc un passage obligé.


[1] Les " zones d’excédent structurel " (ZES) sont des cantons pour lesquels, compte tenu des animaux d'élevage présents aujourd’hui, les possibilités d’épandages pour une épuration par le sol et les cultures sont dépassées."

 

cette carte est extrait d'un excellent article dans le monde du 5 juillet 2011

  -    Le chercheur Claude Lenet fait le point sur les conséquences sanitaires dans un article publié dans Ouest France 

-     On ne trouve pas ces algues vertes uniquement dans certaines contrées de la Bretagne. Ce problème existe aussi, dans une moindre mesure, dans les Bouches du Rhône, plus précisément sur les rives de l'Etang de Berre.

Un article de la Provence à ce sujet.

-     Comme Claude Allègre pour le réchauffement climatique , il y a toujours ceux qui nient les faits, comme ce mystérieux "institut de l'environnement" qui va jusqu'à nier le lien entre nitrates et algues (et dont un détour sur son site vaut la peine!) et bien sur jusque notre chef d'état :

"Sur cette affaire d'algues vertes, il serait absurde de  désigner des coupables, de montrer du doigt les agriculteurs, qui font d'énormes progrès en la matière", avait déclaré Nicolas Sarkozy le 7 juillet à Crozon (Finistère), ajoutant qu'il y "aurait toujours des intégristes pour protester". (La réponse de Corinne Lepage sur Europe 1)

-     Acteur majeur sur ce dossier, l'association "eaux et rivières de Bretagne"  publie sur son site de nombreux dossiers techniques et les actualités  liées aux algues vertes.

-   En ce qui concerne les changements nécessaires dans les pratiques agricoles, voyez cet article datant de 2001 (déjà !). Le CEDAPA a beaucoup de pistes à ce sujet.

 

-     Le plan de lutte gouvernemental contre les algues vertes, document officiel de 2010

Achim Gertz, responsable "littoral "  de CAP21, merci à Jean- Marie Lorant pour ses conseils.


Commenter cet article

Thouvenel 07/08/2011 15:08


Tout est dit, souligné depuis des années, l'agriculture et l'élevage intensif produisent ces produits toxiques pour la santé, la biodiversité, l'environnement et ont un impact négatif grandissant
sur le tourisme!
Quand on entend les propos de Nicolas Sarkosy qui n'y connait rien et ose parler d'intégristes écolos, pour soutenir les lobbies de l'intensif, alors qu'est avéré la responsabilité de telles
méthodes d'élevage et agricoles, on ne peut que déplorer l'irresponsabilité de ce président!