"Gestion du trait de côte" - ou comment anticiper les catastrophes à venir ?

Publié le par cap21littoral.over-blog.com

Érosion et montée des eaux menacent le littoral à des degrés divers selon les côtes mais  sont inévitables.

Une prise de conscience est en train de s'opérer par la "force" des choses: il faut anticiper cette évolution et "limiter la casse".

 

Derrière le terme "gestion du trait de côte" se cache une réalité toute simple qui est en train de se transformer en véritable défi pour les décennies à venir : sauver une partie du littoral et prévenir les conséquences de ce "grignotage" .

 Il y a depuis toujours deux "écoles" contradictoires : il y a ceux qui pensent qu'il faut laisser faire "la nature" et ceux qui veulent s'opposer à tout prix et systématiquement aux assault des mers et océans.

Il faut trouver évidement une positions équilibrée entre les deux : S'opposer à l'érosion et à la montée maintenant inévitable du niveau de la mer est un combat perdu d'avance. Il faut se concentrer à sauver l'essentiel, là ou des villes et activités non délocalisables sont menacées.

Les techniques pour cela existent, ( je donnerai ci-dessous quelques exemples ) mais la plupart ont un impact doublement négatif :

- sur la vie marine et sa biodiversité qui se concentre dans la frange littorale (digues artificielles ...)

-  sur les zones avoisinantes non protégées - déstabilisées par les modifications des courants par exemple.

Il faut également mettre en rapport les coûts de la protection avec les coûts de la réparation ou indemnisation des dommages causés.  A ce point de vue, la notion de "recul stratégique" fait son apparition.

 

Le rapport su060506-011.jpgr le trait de côte rédigé par le député Alain Cousin insiste sur la nécessaire définition d'une stratégie nationale qui, entre autres, anticipe une relocalisation de certaines activités et limite les implantations en zone à risque

 

Ce rapportqui préfigure une stratégie nationale de "gestion du trait de côte" est globalement positif et témoigne de la prise de conscience de nos gouvernants.

Il souligne entre autre un déficit de gouvernance et la question du financement non résolue !

La participation d'acteurs de tous les milieux, y compris associatifs, permet à ce rapport d'être particulièrement complet et de proposer des mesures courageuses. Les préconisations concernant le recul stratégique sont équilibrées - mais source de conflits futurs.

 

CAP21 est impatient de lire de ce que le ministère fera  de ces constats et propositions et interpelle Mme la Ministre afin qu'elle n'enterre pas ce rapport dans les sables mouvants de la campagne électorale future. 

 

Si le  "rapport Cousin" préfigure une future stratégie nationale, le premier ménage à faire serait d'éviter la multiplication des organismes qui s'occupent du problème.Sans préjuger de la qualité de leur travail, une meilleure organisation et coordination des acteurs parait indispensable. Je tiens à souligner la qualité des études menées par des universités, des géologues ...  mais des commissions et organismes  naissent, font du travail "en double",  végètent, disparaissent à un rythme vertigineux ! Quelle énergie gaspillée, quels financements dilapidés !

 

 

Ci-dessous une série d'exemples et de liens traitant du problème de l'érosion côtière et da sa gestion.

 

La côte aquitaine est une des plus vulnérables et menacées du littoral français. L'observatoire mis en place est exemplaire, son site internetest une mine de renseignements, ses actions en lien avec des partenaires divers (des communes jusqu'à l'ONF) sont multiples.

Il resterait à lui donner "du pouvoir". Il serait pertinent que ce soit ce genre d'organisme et à cette échelle  qui passe d'un statut de "conseil"  à celui de décisionnaire.

 

La montée du niveau des mers n'est pas la cause de l'érosion, mais simplement un facteur aggravant.

L'érosion est due aux courants, à l'action des vagues, mais aussi au ruissellement des eaux de l'intérieur. Les phénomènes météo extrêmes, marées exceptionnelles, tempêtes,  agravent l'érosion - et c'est en ceci que les bouleversement climatiques futurs auront un impact supplémentaire.

Les côtes sableuses sont davantage soumises aux phénomènes érosifs que les côtes rocheuses . Mais les côtes  du Nord de la France (notamment calcaires) sont également concernées.

Voici deux images, publiés avec l'aimable autorisation de la Lithothèque de Normandie :

 

  erosion Normandie

  La première (falaises du Bessin) montre comment la mer gagne sur le domaine continental, par éboulements successifs déblayés par la mer.

 

La seconde image montre que ce sont les eaux de ruissellement et les coulés de boues de l'intérieur de terres qui creusent des ravins.

N'oubliant que l'érosion existe aussi en Montagne !

 

Merci à Mme Françoise Gigot pour ses illustrations.

 

erosion Normandie 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'action de l'homme n'est pas sans effets  et elle contribue à aggraver l'érosion côtière. L'extraction des matériaux , même dans les fleuves , participe au déficit sédimentaire. La régression des posidonies sous l'action des pollutions déstabilise les fonds marins.  Les travaux portuaires et les ouvrages de "protection" type digues, bloquent les matériaux sédimentaires et privent le littoral d'à coté de cet apport.

 

Sonia Le Quilleuc et Céline Barreau  ont fait un remarquable travailsur les causes de l'érosion et les réponses qu'on peut y apporter.

Il y a les réponses actives ou passives, les actions lourdes ou plus douces.  Jusqu'à peu les actions lourdes et actives ont majoritairement été employées, les digues en épi, les blocs en béton, la "réparation" du littoral à coup de bulldozers et d'apport de matériaux. Ces méthodes ont montré leurs limites, voire leur nuisance. D'ailleurs la loi littoral interdit la reconstruction de ces dispositifs lorsqu'ils se sont montrés inefficaces.

Mais de nouveaux concepts voient le jour, plus doux, tentant d'intervenir sur les courants, les vents et la houle de façon à freiner l'érosion sans perturber la vie marine ou nuire aux zones voisines.

Les bionattes qui protègent les talus, les systèmes de "drainage de plage" (programme Ecoplage" expérimenté à Agay dans le Var), les traditionnelles ganivelles.La "lettre des Lagunes" passe en revue dans un N° hors série une série de mesures prises en Languedoc Rousillon.

 

Je reviendrai dans un prochain article sur l'élévation du niveau des mers du au réchauffement climatique. Elle aura évidement des conséquences graves sur le trait de côte. Je vous laisse simplement découvrir cette carte interactive, qui vous permet de passer le curseur de 1 à 40 mètres sur une carte de Google Maps et d'apprécier les conséquences ....

 

Achim Gertz,

 responsable thématique "littoral" de CAP21

 

Voici une série de liens vers des organismes et études qui se rapportent à notre thématique:

 

- le rapport Cousin telechargeable ici

- le texte (en Français) du rapport de EUROSION 

- l'étude CorineLand Cover  (européenne)

- l'observatoire du littoral 

- rapport d'étape du grenelle de la mer

- le site du BRGM

- Mer et littoral au ministère de l'écologie

-- des études concernant la Camargue par le PNR 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article